Bénin : Un modèle démocratique en danger

Au Bénin, l’opposition politique a été privée d’élections législatives lors du scrutin du 28 avril 2019. L’Union progressiste, un parti pro- Talon a remporté la majorité absolue des 83 sièges, tandis que l’abstention s’élève à plus de 77 %. Cinq jours après ces échéances électorales, une crise grave secoue le pays. Jusqu’alors considéré comme un modèle démocratique sur le continent africain, le Bénin renoue avec les démons du passé, révélant ainsi à la face du monde la fragilité des processus démocratiques africains.

Le camp du président Patrice Talon est passé en force, pourrait-on dire. Les violences post-électorales en cours sont la conséquence de cette mauvaise gestion du scrutin. Est-ce la fin d’une ère de démocratie apaisée ? En effet, le Bénin a toujours montré à la face du monde depuis les années 1990, une image positive dans une sous-région tourmentée. Au point d’être considéré comme un modèle démocratique. Yayi Boni, l’ancien président et prédécesseur de patrice Talon, qui a quitté le pouvoir après ses deux mandats, est ainsi un devenu médiateur dans les crises et observateur dans les élections sur le continent.

Malheureusement, depuis les échéances électorales de 28 avril dernier, le Benin ne semble plus être ce pays tant adulé sur le plan démocratique. En effet, les graines des affrontements entre les fils du Pays de Gbéhanzin ont germé à la faveur du rejet des listes de trois partis, dont deux de la mouvance présidentielle (le Parti du renouveau démocratique et Moele Bénin), et un de l’opposition, (Force Cauris pour le développement du Bénin). Les listes du parti d’opposition, l’Union sociale libérale (USL), de l’homme d’affaires Sébastien Ajavon, n’ont même pas été examinées pour « dossier incomplet et défaut de certificat de conformité ».

En clair, ces élections ne présentent pas toutes les caractéristiques d’un scrutin équitable. Conséquence, plusieurs dirigeants politiques ont été écartés sous divers prétextes, et, avec elles, une frange importante de la population. Ce qui a engendré une abstention record dans les urnes, des mécontentements, des violences et même des morts.

Elu en mars 2016, à la suite d’un scrutin démocratique salué par la CEDEAO, en remplacement de Thomas Boni Yayi, le président Patrice Talon avait semblé incarner cet idéal démocratique acquis à l’issue de la conférence nationale souveraine des années 1990. Laquelle conférence avait balisé le destin démocratique du Bénin.

Mais force est de constater que le pays est dans la tourmente depuis cinq jours, du fait de ce que l’opposition considère comme un coup de force électoral, un « grave recul » démocratique. La CEDEAO pour laquelle Yayi Boni a fait des médiations est donc interpellée. Ce qui est sûr, deux morts, c’est de trop pour un peuple qui ne demande que le respect des institutions démocratiques. On ne le dira jamais assez, tant que les pays africains ne bâtiront pas des institutions républicaines fortes, la démocratie demeurera un jouet entre les mains d’hommes dits forts.

Edouard K. Samboé
smaboeedouard@gmail.com
Lefaso.net

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