L’Hôpital de district de Bogodogo est le dernier-né des Etablissements publics de santé (EPS). Sa naissance sonne en même temps la fin du CMA du secteur 30 de Ouagadougou.  Actuellement, le  nouvel EPS est en train de déployer ses services, avec des changements qui ne sont pas toujours compris par les usagers et la population. A la suite d’une publication dans notre rubrique « Révélations » de notre édition du jeudi 30 mars dernier portant sur une augmentation des coûts des actes de soins au niveau de l’Hôpital de district de Bogodogo, nous avons contacté la Directrice générale (DG) pour comprendre la situation. Au-délà de cette préoccupation première, nous avons abordé avec Diane Kaboré, plusieurs autres points. Lisez plutôt !

« Le Pays » : Comment êtes-vous arrivée à ce poste de DG de l’Hôpital de district de Bogodogo ?

 

Diane Kaboré, DG de l’Hôpital de district de Bogodogo : Je dirais par hasard. Pour tout dire, être directeur général d’un hôpital ne faisait pas partie de mes ambitions professionnelles. Je pense que je fais partie des personnes nominées, quand il s’est agi de nommer un DG pour ce nouvel établissement qui est un hôpital universitaire. Certainement, si j’ai été nominée, c’est au regard de mon profil. Je suis administrateur des hôpitaux et des services de santé de profession et juriste de formation. Après avoir été directrice des ressources humaines dans un hôpital régional, après avoir été responsable de l’administration et des finances d’un district sanitaire, chef de service administratif et financier d’une région sanitaire, chef de service administratif et financier d’une direction technique centrale, on a peut-être estimé qu’au regard de cette expérience accumulée, je suis la personne capable de diriger l’Hôpital de district de Bogodogo.

 

Quelles sont vos ambitions pour ce nouvel établissement de santé ?

 

C’est l’occasion pour moi de remercier les autorités sanitaires et les premiers responsables de ce pays, pour avoir placé leur confiance en ma modeste personne. Notre ambition, c’est de faire en sorte que ce nouvel établissement prenne corps et ait un réel encrage dans le paysage sanitaire du Burkina Faso. Ensuite, il s’agit pour nous de faire de cet hôpital, un établissement sanitaire modèle et moderne, car nous sommes en train de nous inspirer fortement des centres hospitaliers qui nous ont précédé dans le paysage sanitaire du Burkina Faso. Nous voulons servir de base pour pouvoir répliquer ce type d’établissement dans d’autres localités du Burkina Faso.

 

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre établissement ?

 

L’Hôpital de district de Bogodogo, en tant qu’Etablissement public de la santé (EPS), est une sous-catégorie des Etablissements publics de l’Etat (EPE). Cet hôpital est né en phagocytant le Centre médical avec antenne chirurgicale qu’est le CMA du secteur 30. Cela veut dire que dans le mécanisme de création, on l’a voulu comme un agrandissement de l’ancien CMA du secteur 30, pour qu’il devienne un centre hospitalier à caractère universitaire. Ce qui confère en fait  le caractère universitaire  à un hôpital, c’est qu’il prête ses services à la formation des étudiants et à la formation post-universitaire. C’est dans ce sens que nous accueillons le personnel dit « hospitalo-universitaire ». Il faut préciser que les statuts particuliers de notre hôpital lui confèrent un caractère un peu spécifique : caractère d’hôpital de district parce que nous avons à intervenir dans les missions de santé publique dans l’aire du district sanitaire de Bogodogo, et parce que nous sommes appelés à accompagner l’équipe cadre du district sanitaire de Bogodogo dans la supervision des formations sanitaires de niveau inférieur, relevant dudit district. Enfin, nous allons accueillir de façon préférentielle les références faites par les formations sanitaires de niveau inférieur, notamment les CSPS et les centres médicaux. Ce caractère préférentiel ne veut pas dire que nous excluons la possibilité de prendre des malades qui nous viennent du reste des formations sanitaires de la ville de Ouagadougou ou des autres régions sanitaires.

 

Quel pourrait être le lien entre l’Hôpital de district sanitaire de Bogodogo et le CHU Yalgado Ouédraogo ?

 

L’Hôpital de district de Bogodogo est en train de s’ouvrir et de grandir pour être comme le grand hôpital Yalgado Ouédraogo. Quand vous prenez les statuts, tous les deux sont des hôpitaux universitaires. Cela veut dire qu'en termes de missions, nous sommes appelés à nous compléter pour offrir  le même type de prestations aux populations. En termes de positionnement aussi dans le système de soins qui est organisé sous forme pyramidale, nous sommes placés au même niveau que le CHU Yalgado Ouédraogo. Nous sommes un établissement autonome et le gouvernement a consacré son autonomie à travers le décret de création de cet hôpital. C’est vrai, dans votre question, vous faites allusion au fait que notre hôpital devrait servir de second pôle pour le CHU Yalgado Ouédraogo, mais avec le développement du projet, il a été consacré le caractère autonome de cet hôpital pour faire en sorte que les soins au niveau tertiaire de notre système de santé, soient pratiquement doublés. Parce que vous aurez presque les mêmes offres de services. Cela signifie que la population cible sera divisée par deux. Au lieu par exemple que tout le monde aille se retrouver à Yalgado, on pourrait imaginer qu’une partie de la population vienne à l’hôpital de district de Bogodogo. C’est juste un exemple pour prendre ces deux centres de santé, sinon on sait très bien qu’il y a, à Ouagadougou, d’autres centres hospitaliers qui constituent des pôles de référence.

 

Ne s’agit-il plus donc de déménager une partie de Yalgago ici à l’Hôpital de district de Bogodogo ?

 

Nous avons pris le train en marche, à un niveau du développement du projet et quand nous sommes arrivé, il y avait déjà tous les textes qui faisaient de cet hôpital, un établissement à part entière qui s’appelle hôpital de district de Bogodogo.  A l’étape actuelle, ce dernier n’est donc pas un second pôle du CHU Yalgado Ouédraogo.

 

Peut-on dire aujourd’hui que l’hôpital de district de Bogodogo est fonctionnel ?

 

L’hôpital de district de Bogodogo est fonctionnel. Il est ouvert. Cet hôpital est né en phagocytant ou en absorbant le CMA du secteur 30 qui, de ce fait, est comme disparu du paysage du district sanitaire de Bogodogo. C’est dire que tout ce qui existait comme services à l’ancien CMA du secteur 30, a été transféré au nouvel établissement. Quand nous disons services, c’est avec tout ce que cela comporte comme ressources. On nous a transféré le tout : les hommes, les ressources matérielles, les bâtiments, la logistique… A ce jour, nous avons effectivement mené ce transfert en trois grandes étapes. Les ressources humaines constituées d’agents publics de l’Etat et les contractuels de la structure, ont fait l’objet de transfert, avec l’implication de l’Inspection du travail et de la hiérarchie au niveau du ministère de la Santé. Ce qui est à signaler, c’est que des personnes, pour certaines raisons, ont désiré simplement ne pas travailler en milieu hospitalier et ont souhaité être réaffectées à d’autres centres de santé non hospitaliers, dans la région du Centre. Ce point est fait et les actes ont été pris pour accompagner ces personnes-là. Les ressources matérielles et les bâtiments ont été également transférés. Ça veut dire que le site de l’ancien CMA fait partie de l’Hôpital de district de Bogodogo. Pour être encore plus clair,  l’hôpital de district de Bogodogo, sous forme d’Etablissement public de santé, fonctionne sur deux sites : le site de l’ex-CMA que nous nommons « site B » et le nouveau site qui s’appelle « site A ». Les ressources financières ont été également transférées courant le mois de mars 2017. Le médecin-chef du district avait la responsabilité de la gestion de tous les fonds générés ou qui étaient affectés pour le fonctionnement du CMA du secteur 30. Avec le transfert, il a fallu faire le bilan financier, dégager le reste à transférer à la nouvelle équipe. Vous imaginez que cela a été une grande transition. C’était un glissement parce que les services ne se sont pas fermés et vous comprenez tout de suite, la difficulté et la complexité par rapport à ce dossier. Pendant qu’on travaillait à « glisser » les services, il fallait travailler à ouvrir véritablement ce nouvel établissement en mettant en place notamment tous les organes.

 

« Le souci d’accessibilité de la population aux soins est réel et justifié »

 

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans ce glissement ?

 

Les principales difficultés de ce glissement sont de deux ordres : premièrement, certains agents ont toujours travaillé dans le système déconcentré. Le district fait partie du domaine déconcentré du système parce que les établissements publics, c’est tout un autre système. Il y en a qui n’étaient pas préparés au passage à l’établissement public. C’est ce qui a certainement justifié que des agents demandent à être réaffectés, pour se retrouver encore dans le système déconcentré. Dans un premier instant, certains agents ont estimé être prêts à intégrer le nouveau système mais nous avons constaté par moments, qu’ils n’étaient pas totalement prêts. C’est le côté psychologique des difficultés. La deuxième grosse difficulté, c’était comment faire en sorte de ne pas rompre les soins pour les services qui étaient déjà ouverts, et se concentrer à réaliser toute la conception et l’organisation entrant dans le cadre de l’ouverture d’un tel établissement. Nous avons eu là, deux combats à la fois. Ce n’est pas tous les jours que cela arrive. Je pense que tout le monde est d’accord que c’était un dossier qui était complexe à mener. Naturellement, quand on passe du CMA, qui a la possibilité de référer, à l’hôpital universitaire où on doit faire le maximum pour ne pas avoir à référer, le mécanisme n’est pas aisé à déployer. Une autre difficulté, c’est le décrochage. Les procédures de gestion comptable, financière et même administrative, n’obéissent pas aux mêmes règles et n’ont pas les mêmes types d’acteurs quand on passe du CMA à l’EPS. Par exemple, dans notre cas, tous les acteurs n’ont pas encore été nommés, mais nous pouvons dire que les choses sont en train de rentrer dans l’ordre.

 

Cette transition a-t-elle impacté négativement les malades en termes de coûts des actes médicaux ?

 

En ce qui concerne les malades, nous ne pensons pas qu’il y ait des changements négatifs ou dégradants. Vous convenez avec moi que le passage du CMA au CHU exige le relèvement de tout : le plateau technique a été relevé, la  qualification des ressources humaines a été relevée. Nous avons eu un renfort venant essentiellement du CHU Yalgado Ouédraogo qui constitue pour nous, le grand frère. Il y a eu un relèvement au niveau des actes. Vous comprenez également que les tarifs qu’on est appelé à appliquer, seront différents de ceux applicables au niveau d’un CMA. Pour fixer les prix en ce qui concerne notre établissement, il faut prendre en compte plusieurs éléments : les équipements, le matériel, les intrants, sans prendre en compte même les charges de salaires. Il y a un projet d’actes et de tarifs qui a été élaboré avec la participation de tous les acteurs dont les partenaires sociaux. Pour le moment, nous attendons le retour, via notre Conseil d’administration, d’un ensemble de documents sur lesquels doivent se prononcer les tutelles technique et financière. Nous pouvons dire qu’il y aura une hausse des tarifs par rapport à ce qui se pratiquait au niveau de l’ex-CMA du secteur 30.

 

Cela ne va-t-il pas poser un problème d’accessibilité des soins pour la population, en grande majorité pauvre ?

 

Le souci d’accessibilité de la population aux soins est réel et justifié. Ce que j’ai envie de dire à ce sujet, c’est que nous attendons tous, ce que le Conseil d’administration nous dira par rapport aux actes et tarifs qui ont été soumis à l’appréciation des tutelles technique et financière.

 

Il nous est revenu qu’il y a des nouveaux tarifs qui sont appliqués depuis que la procédure de glissement a commencé. Quel est votre commentaire sur le sujet ?

 

Il y a eu un malentendu à ce niveau. Nous attendons la réaction des deux tutelles, technique et financière, par rapport au document d’actes de soins et de tarifs. S’il y a eu comme un commencement d’application de ces tarifs, c’est maladroit. Je pense que j’ai déjà instruit mes services, depuis hier matin (mercredi 29 mars), pour que les tarifs de l’ancien CMA puissent s’appliquer jusqu’à ce que nous ayons les décisions des deux tutelles, dans l’un ou l’autre sens. Je voudrais relever que nous avons décidé de traiter intégralement les exonérations au profit de la population. Nous avons pris nos responsabilités et instruit nos services pour que la loi sur les exonérations soit entièrement respectée, pour permettre à la population de mieux se soigner.

 

A quand l’ouverture officielle de l’Hôpital de district de Bogodogo ?

 

Je pense qu’elle interviendra très prochainement, mais il y a des voix plus autorisées que la mienne pour répondre à cette question. Pour notre part, nous sentons que c’est imminent. Par contre, ce que nous faisons en tant qu’équipe de direction, c’est de continuer le glissement pour atteindre le sommet de l’opérationnalisation totale de tous les services.

 

Quel message particulier avez-vous pour la population ?

 

Je voudrais dire à la population de l’aire du district sanitaire de Bogodogo, que le CMA du 30 a glissé à l’établissement public de santé dénommé « Hôpital de district de Bogodogo » et que sous cette forme, nous sommes déjà ouvert en récupérant les services de l’ancien CMA et en ouvrant de nouveaux services. Nous voulons également rassurer la population et l’inviter à fréquenter son hôpital.

 

Propos recueillis par Michel NANA

Le Pays

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